Les réminiscences désignent des souvenirs vagues et confus desquels résonnent souvent une tonalité affective. La réminiscence (ou le ressouvenir) désigne aussi, chez Platon, les connaissances, expériences et souvenirs développés au cours d’une existence passée, antérieure.
L’exposition rassemble deux jeunes artistes, Mark Daovannary et Jade B. Marchandeau, dont le travail de mémoire joue sur ces deux aspects. Organisée en deux temps, elle s’intéresse d’un côté aux souvenirs d’enfance, occupés par la figure maternelle, de l’autre aux souvenirs d’un temps perdu, recherchés par les artistes. Pour Locke, l’identité repose sur la mémoire. La conscience de nos actions et pensées passées définit les êtres singuliers que nous sommes. La quête de souvenirs menée par les artistes n’est-elle pas en réalité une quête de soi ?
La mémoire personnelle des artistes et la mémoire des peuples auxquels ils sont reliés font naître un ensemble d’œuvres d’une grande force plastique et poétique. Sept œuvres au total, pour beaucoup inédites, sont accueillies au sein d’un vieil atelier de couture, plein de souvenirs et de savoir-faire, installé dans le Marais depuis plus de quinze ans. Motifs, liens, trous et déchirures des œuvres révèlent leurs formes et leurs sens tout en délicatesse dans ce lieu, où s’ajustent et se réparent d’ordinaire les vêtements auxquels on tient.
Créer des œuvres à partir de souvenirs d’enfance permet aux artistes de reconstituer des morceaux de vie précieux auxquels ils donnent substance, permanence et sens. Tendres et froids baisers sur des pages déchirées ou bâtons d’encens, en grand nombre accumulés, sont les traces d’un quotidien fini. Relus par l’œil adulte, ces souvenirs ont une résonance particulière. Cette introspection conduit les artistes à interroger non plus leur mémoire personnelle mais celle de leurs parents, de leurs aïeux, liée à des temps et des lieux qui leur sont, à bien des égards, aussi chers qu’étrangers. Territoires, pratiques et traditions en lien avec les origines familiales – « héritage précédé d’aucun testament » dirait René Char – deviennent alors objets privilégiés d’étude et de création.
Anthony Ong


Mark Daovannary, 25 ans de prières, Jade B. Marchandeau, Les baisers de ma mère © Anthony Ong Sun
Mark Daovannary, The citrine captured into the frame © Anthony Ong Sun
Jade B. Marchandeau, Terrain de jeux © Anthony Ong Sun
