Les murs en pierre de cet espace de coworking sont les vestiges d’une vieille église paroissiale, Saint-Paul-des-Champs, qui, du XIIe au XVIIIe siècles, s’érigeait humblement. Un vaste cimetière y était accolé. Non loin, à deux pas, la grange et prison Saint-Éloi. Tous furent détruits par le vent de la Révolution. Face aux vieilles pierres, des murs blancs et récents. Ils forment ensemble le nouvel écrin d’un espace de travail moderne et partagé, où tout un chacun est invité à réfléchir et travailler.
Sept œuvres plastiques et sonores, pour certaines in situ, sont présentées. Elles entrent en dialogue avec ce lieu si particulier. Les créations de la compositrice Andrea Guterres et du plasticien Yoann Aka interrogent de manière sensible l’histoire, l’architecture et les fonctions de ces murs. Travail, partage, isolement sont des thèmes qui se déploient. Les œuvres questionnent aussi de manière plus ample le rôle joué par les murs dans nos vies, nos relations, nos sociétés. Supports physiques, barrières psychiques, édifices historiques, objets poétiques, les murs peuplent notre quotidien et se présentent sous des formes variées. Ils divisent, séparent, autant qu’ils protègent, accueillent et soutiennent.
Nous sommes invités à cheminer à l’intérieur d’un labyrinthe enchanté. Les murs y sont porteurs de sens propres et figurés. Dans ce lieu aux murs de pierre et de béton se dressent et se fissurent, s’érigent et s’affalent des murs de papier, de charbon et de son. L’ancien se mêle au neuf, le profane au sacré. Musique, poésie et arts plastiques sont pour ce projet associés.
Des craquelures des murs émergent d’étranges et touchantes créatures. Rats, mouches, pigeons, humains et végétaux, aux corps transformés, endoloris, révèlent, par les liens étroits qu’ils ont avec les murs, leur complexe, souvent modeste, condition. Ces êtres vivent sur les murs, dans les murs, dos au mur, entre quatre murs, au pied du mur, hors les murs, en rasant les murs… L’ensemble est métaphore des existences humaines.
Les murs ont des oreilles mais aussi une mémoire et une voix. Les murs ici deviennent écrans desquels émanent à voix basse d’intimes susurrements.
Anthony Ong

