ANTHONY ONG

Commissaire d’exposition et critique d’art indépendant

FOCUS ARTISTE : Après la chasse et la cueillette / si jeune montagne

Disposé à l’entrée, Atom (2023) est un porte-encens en grès noir, recouvert d’un émail brûlé comme une crème, sur lequel ont été versées des gouttes vert citron. Il accueille les cendres d’un bâton d’encens, rappelant les feux de bois et feux de camp, utilisés à l’époque préhistorique pour cuisiner, se protéger ou se réchauffer. Il semble ici invoquer des présences passées, sinon nous renvoyer, par on ne sait quelle magie, dans l’ancien temps, ou purifier le lieu des forces tourmentées. Cette délicate céramique au pouvoir d’évocation insoupçonnée constitue une sorte de relique ou artefact enchanté  ouvrant les portes du temps.

Dans ce prolongement rituel, Purification (2025) se compose de trois petits pots assemblés en porcelaine émaillée, qui rappellent les morceaux de poteries retrouvés dans les grottes, utilisées, selon les archéologues, pour des rites funéraires ou sacrés encore très mystérieux. Priaient-ils les dieux, honoraient-ils les morts ? La question reste ouverte. Une langue rose semble tirée, celle d’un petit monstre qui se joue de nous. Un yōkai dans la forêt, un kameosa japonais. À l’intérieur, une étrange concoction, entre potion et libation pour un hommage ou un sacrifice. 

Et il en a été fait. Des ossements de bœuf et sanglier ont été mis à jour. Le roc a été poli, peut-être pour aiguiser des couteaux. Une céramique en grès émaillé figure un lapin blanc croquant une fraise bien rouge. Elle renvoie à l’origine aux images irrésistibles d’animaux qui défilent avec excès sur nos écrans sans qu’elles génèrent la moindre critique sur la manière dont elles ont été réalisées. Dans la caverne, Vase-lapin (2025) renvoie bien à la consommation, mais du point de vue de la chasse et de la cueillette, du cycle naturel prédateur-proie.

En grès et pierre volcanique, Après une longue chasse sur un sol glacé (2023) représente une patte d’ours, aux griffes pointues, aux coussinets tout ronds. Elle évoque la douceur des peaux de bête et la férocité des animaux sauvages, armes de défense et mythes secrets. L’œuvre peut évoquer Ursus spelaeus, l’Ours des cavernes, figure emblématique, presque totémique, annonciateur des saisons, du Paléolithique, contemporain du Mégacéros et Mammouth laineux. Mais aussi à Ungnyeo, l’ourse devenue femme, sortie d’une grotte, mythe fondateur de la nation coréenne. Cette patte d’ours ainsi isolée et abandonnée semble sonner la fin d’une époque, le début d’un nouvel âge, celui des éleveurs, des agriculteurs, de la poterie et de la pierre polie – le néolithique.

Dans notre imaginaire, la grotte est un lieu de retrait. On y entre pour se protéger et réfléchir : c’est la caverne de Zarathoustra. On en sort aussi pour atteindre la connaissance, la lumière, pas les ombres : c’est la caverne de Platon. Avec si jeune montagne, nous sommes au seuil, dans l’espace de transition, entre passé et présent, où la matière se transforme par le modelage, l’émail et le feu, exprimant une présence, toute puissante, méditative et pleine de grâce.